La solitude comme ressource
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Alexei Goldmann

La solitude comme ressource






Contents

Alexeï Goldmann
LA SOLITUDE COMME RESSOURCE

Chapitre 1: Se sentir seul vs Être seul — Quelle est la différence?

Ce chapitre est le fondement de tout le livre. Son but est de distinguer radicalement deux notions que nous confondons souvent: le sentiment destructeur de solitude et la pratique volontaire et ressourçante de l’introspection. Nous aiderons le lecteur à voir que le problème ne réside pas dans le fait d’être seul, mais dans notre perception de cet état.


Le lecteur comprendra la source de son anxiété liée à la solitude. Il sera capable d’identifier clairement quand il “souffre de solitude” et quand il “passe du temps avec lui-même” de manière consciente. Cette connaissance lèvera une énorme couche de tension intérieure et ouvrira la porte à des changements positifs.


Pourquoi c’est important: Tant que nous ne comprenons pas la différence, nous nous battons contre une ombre, et non contre le vrai problème. La peur de la solitude est souvent plus forte que la solitude elle-même. En la décomposant, nous la privons de son pouvoir.


Cher lecteur, chère lectrice, je suis ravi que vous ayez choisi ce livre. C’est déjà un geste courageux et important que de reconnaître que le thème de la solitude vous touche et que vous souhaitiez y voir plus clair. Commençons ensemble ce voyage dans un esprit bienveillant et soutenant.


Dites-moi, cela vous arrive-t-il souvent: vous rentrez chez vous, vous fermez la porte, et le silence vous envahit. Non pas un silence paisible, mais un silence pesant, oppressant. Vous allumez la télévision ou vous scrollez sans fin les réseaux sociaux, juste pour remplir l’espace. Vous ne vous ennuyez pas forcément, mais une vague inquiétude, une légère tristesse vous habite, l’impression de manquer quelque chose, dehors. Cet état peut être qualifié de “SE SENTIR SEUL”.


Mais connaissez-vous l’autre situation? Vous savez d’avance que votre soirée sera libre. Vous annulez tous vos projets (ou vous êtes heureux de ne pas en avoir), vous vous préparez un bon thé, vous sortez ce livre que vous aviez mis de côté ou vous vous asseyez simplement près de la fenêtre pour regarder la pluie. Vous vous sentez bien, calme, vous profitez de l’instant présent. Vous n’attendez ni coup de fil ni message. Vous êtes pleinement là, ici et maintenant. Cet état, c’est “ÊTRE SEUL”.


Vous sentez la différence? Dans le premier cas, nous ressentons un manque de lien avec les autres, un vide que nous nous empressons de combler. Dans le second, nous choisissons délibérément notre propre compagnie pour reprendre des forces, nous écouter, faire ce qui nous plaît vraiment.


Pourquoi confondons-nous si souvent ces deux états? Parce que notre psychisme a pris l’habitude d’interpréter la solitude comme un signal d’alarme. Il y a des milliers d’années, pour un être humain, être banni de la tribu, rester seul, équivalait à la mort. Ce vieil instinct est toujours en nous: “Rester seul = danger, malaise”. Mais le monde moderne a changé. Nous avons désormais un logement sûr, de la nourriture au réfrigérateur et la possibilité de contacter qui nous voulons à tout moment. Il n’y a plus de menace physique dans l’introspection. Pourtant, la vieille “alarme” continue de se déclencher.


Notre tâche n’est pas de la désactiver complètement, mais de la reprogrammer. Donnons à notre cerveau de nouveaux exemples positifs, lui montrant que le temps passé avec soi-même n’est pas une punition, mais un cadeau.


Conseils et techniques pratiques :


Exercice “Les Deux Chaises” (Technique de différenciation)


Comment faire: Placez deux chaises face à face. Asseyez-vous sur l’une et imaginez que sur l’autre se trouve votre sentiment de “solitude”. Parlez-lui. Demandez-lui: “Que veux-tu de moi? Pourquoi es-tu là? De quoi as-tu peur?”. Notez les réponses qui vous viennent à l’esprit (par exemple: “J’ai peur de ne servir à personne”, “Je m’ennuie”, “Je me sens vide”).


Maintenant, changez de chaise. Vous incarnez désormais votre état “Je suis bien avec moi-même”. Répondez, depuis ce rôle, aux peurs qui viennent d’être exprimées. (Par exemple: “Je suis là pour te montrer que tu es ton meilleur ami”, “L’ennui est le début de la créativité, trouvons une activité qui te passionne”, “Le vide est un espace pour du nouveau”).


Pourquoi ça marche: Cette méthode, issue de la Gestalt-thérapie, aide à objectiver et à se distancier d’un sentiment improductif, à l’externaliser pour le regarder de l’extérieur. Cela lui retire son pouvoir émotionnel et permet de trouver des contre-arguments provenant d’une partie plus ressource de vous-même.


Tenir un “Journal des États d’Âme”


Comment faire: Pendant une semaine, chaque soir, notez brièvement :


Situation: Quand me suis-je senti (e) seul (e) aujourd’hui? (Ex: “Je suis rentré (e) du travail dans un appartement vide”).


Pensées: À quoi pensais-je à ce moment-là? (” Encore seul, tous mes amis ont des projets, sauf moi”).


Sentiments: Qu’est-ce que je ressentais, physiquement et émotionnellement? (Serrement dans la poitrine, envie de mettre une série pour me distraire).


Alternative: Y a-t-il eu un moment aujourd’hui où j’étais bien seul (e)? Que faisais-je? (” Ce soir, j’ai lu un livre pendant une heure, c’était très agréable”).


Pourquoi ça marche: Cette méthode, issue de la thérapie cognitivo-comportementale, vous apprend la pleine conscience et vous aide à identifier les déclencheurs — les situations et les pensées automatiques qui provoquent le sentiment de mélancolie. En comparant les deux états au cours de la journée, vous voyez concrètement qu’” être seul” peut être plaisant et vous commencez à discerner des schémas.


Exemple: Imaginez deux personnes dans la même situation: un samedi soir sans aucun plan.


Anna pense: “Tout le monde a quelque chose à faire, sauf moi. Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. Je suis une ratée”. Elle se sent anxieuse, allume la télévision et scroll en même temps les réseaux sociaux, voyant les visages heureux de ses amis. Sa soirée se passe dans l’ennui et l’auto-flagellation.


Maxime pense: “Enfin! Je peux souffler et rester seul. Je n’ai nulle part où aller”. Il prépare son dîner avec plaisir, puis s’installe pour assembler la maquette de bateau qu’il remettait toujours à plus tard. Il est complètement absorbé par le processus et se sent satisfait.


La situation est identique, mais les réactions sont opposées. Tout est une question d’état d’esprit. Notre objectif est de passer progressivement du modèle d’Anna à celui de Maxime.


Rappelez-vous: Le but n’est pas de toujours vouloir être seul. Le but est d’avoir le choix. Pouvoir être avec les autres quand vous cherchez la connexion, et rester en harmonie avec vous-même quand vous avez besoin de solitude. Sans culpabilité ni mélancolie.


Dans le prochain chapitre, nous parlerons de votre meilleur allié sur ce chemin: le silence. Nous apprendrons à ne plus en avoir peur, mais à nous y écouter.

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